Chronique Judiciaire : comparution immédiate de classe | Balance #1

Le père

des têtes comme la mienne il y en a pas mal je trouve

Salle G du tribunal d’instance de Lyon, comparutions immédiates. Karl, issu des « gens du voyage » comme l’on dit dans les palais de justice, est dans le box des accusés, le président lui demande s’il veut être jugé maintenant ou plus tard pour présenter sa défense. Karl hésite, puis décide d’être jugé ultérieurement. Le président s’énerve « ce n’est pas ce qui était originellement prévu » puis à l’avocate : « je vous laisse encore une minute pour réfléchir ». Karl décide finalement, sur conseil de son avocate d’être jugé maintenant, le président demande alors « C’est votre dernier avis ? » et avant qu’il n’ait le temps de répondre, il complète « on prend bien note de votre avis définitif ». Karl est accusé de tentatives de vols, il a été aperçu par un voisin, mais n’a pas été arrêté sur le fait malgré le déploiement d’un hélicoptère par la gendarmerie, mais une tache de sang et une analyse ADN le confond, il avoue être l’auteur. Sur les deux autres tentatives pour lesquelles il passe devant le juge, il n’avoue rien, et les seules « preuves » sont des témoignages de victimes. L’une parle d’un cambrioleur « de type albanais », l’une ne le reconnaît pas, les deux autres disent que ça pourrait être lui. Karl l’affirme : « des têtes comme la mienne il y en a pas mal je trouve ».

Le fils

l’enquête n’est pas très satisfaisante

Le président s’amuse « il est où votre fils ? On le voit tout à l’heure ! » Ce dernier, Kevin, est accusé de violence et de port d’arme. Deux autres personnes, dont le principal accusé est un homme d’environ 35 ans, fils de bonne famille et propriétaire d’un appartement dans un quartier cossu, sont prévenues mais libres, pour les mêmes faits de l’autre côté de la voiture. Parce que c’est bien d’une altercation à propos d’une voiture que tout est parti. Kevin a affirmé que la neuve et puissante Audi de l’autre était « pourrie », s’en est suivi une bagarre, un retour à domicile de chacune des parties pour chercher l’un un pistolet, l’autre un fusil et là les flics les attendaient. La procureure, pour une fois pleine de bon sens, dira que « l’enquête n’est pas très satisfaisante » et que vu qu’il n’y a ni certificat médical ni témoin, « les preuves sont faibles, soit il faut abandonner les charges pour les violences pour les deux, soit les condamner tous les deux ». L’homme à la belle voiture écopera de 1500 € d’amende, Kevin de dix mois de prison et 1600 € d’amende. Quant à son père, il devra dormir pendant six mois en prison. Comme quoi, si l’on se trimbale avec un flingue, il vaut mieux être bien né, c’est moins risqué.